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mercredi, septembre 03, 2008

86 - 82 = 4. Conformément à la Chariâa.

LAGOS, 31 août 2008 (AFP) - Un Nigérian, âgé de 84 ans, a accepté, sous la menace d'un bannissement, de divorcer de 82 de ses 86 femmes pour se mettre en règle avec la loi islamique qui n'autorise que quatre épouses, a rapporté dimanche l'agence locale NAN.

Mohammadu Bello Masaba, habitant de Nupeland dans l'Etat central du Niger, "a accepté samedi soir de ne garder que quatre épouses pour se conformer avec le saint coran", écrit l'agence.

L'un des plus importants conseils islamiques du pays, le Jamatu Nasr il Islam (JNI), avait lancé le 21 août un arrêt de mort contre le polygame. Mais les autorités locales avaient décidé de lui accorder un délai de deux jours pour se mettre en conformité avec la loi ou, à défaut, de quitter le territoire de l'État.

Selon NAN, Mohammadu Bello Masaba a fini par donner son accord au cours d'une réunion avec des hommes de religion samedi dans la soirée, alors que le matin même, il avait promis de tenir tête à ses critiques estimant qu'il n'avait commis aucun crime.

"Je n'ai enfreint aucune loi établie qui me forcerait à être banni de ma terre (...) Il n'existe aucune loi qui impose qu'on n'épouse que quatre femmes. Toutes mes femmes ont des enfants et certaines, je les ai épousées il y a plus de 30 ans. Comment peut-on me demander de les quitter en deux jours ?" avait-il déclaré à plusieurs médias.

Source.

jeudi, février 28, 2008

Le vendredi, la prière aura lieu à l'église.

Je sais que je risque d'avoir l'air de nager à contre-courant en ces temps conflictuels où les esprits son surchauffés par ces affaires de caricatures et autres déclarations intempestives mais qu'importe.

La nouvelle date de près de deux ans mais comme je viens de la découvrir, j'ai voulu la partager avec ceux d'entre vous qui n'ont pas eu l'occasion d'en être informés.

C'est l'histoire d'une église à Paderno di Ponzano Veneto (Trévise, Italie) dont le Curé, Don Aldo Danieli à décidé de convertir certains locaux en mosquée chaque vendredi à l'occasion de la prière hebdomadaire musulmane.
Ainsi, chaque vendredi, environ 200 musulmans affluent de différentes régions pour prier dans les locaux de l'église. A la fin du Ramadan et à l'occasion de la fête d'El Idha, ce chiffre monte à 1000-1200.
"Il n'ya pas de dialogue si vous fermez les portes" dit le Curé qui ajoute "préférer les musulmans qui prient aux chrétiens qui blasphèment".

Cette affaire m'a suggéré deux question à l'adresse de nos savants de la loi Musulmane :

  1. Que pensent-ils de la décision de Don Aldo Danieli ?
  2. Est-ce qu'ils seraient prêts à suivre l'exemple à leur tour et à convertir périodiquement une partie d'une mosquée pour que les membres d'une communauté chrétienne ou juive viennent y prier ?

Source.

vendredi, février 01, 2008

L'autre usage des TIC : le SMS pour divorcer.

La répudiation n'a plus de place en Tunisie depuis la promulgation, le 13 août 1956 du Code du Statut Personnel (CSP).
Cette pratique continue cependant de sévir dans la plupart des pays musulmans, et ce conformément à une certaine vision pour le moins anachronique de la loi dite musulmane. Le passage devant la justice n'étant pas indispensable, une déclaration unilatérale ( du mari) est suffisante pour mettre fin au mariage.

L'histoire se passe au Caire où, une ingénieure prénommée Iqbal a reçu après avoir manqué un appel téléphonique de son mari un SMS disant : «je divorce car tu n'as pas répondu à ton mari».

Source.

mercredi, janvier 09, 2008

lundi, octobre 08, 2007

Extrémisme. Image en miroir.

"Pourquoi les gens athées et autres agnostiques se distinguent par leurs contradictions, leur stupidité et leur insolence ?"

Un musulman qui aurait été l'auteur de tels propos aurait eu droit, et à juste titre, à tous les qualificatifs du genre intolérant, extrémiste, taliban, rétrograde et j'en passe.

Comment peut-on qualifier un auteur qui pense - et écrit - que les musulmans pratiquants en général se distinguent par leurs contradictions, leur stupidité et leur insolence ?

lundi, octobre 01, 2007

Nous et le Ramadan.

Mois de jeûne devenu mois de surconsommation.
Mois d'abstinence et de solidarité sociale devenu mois d'absentéisme, de moindre travail et de querelles sans fin.
C'est l'évolution qu'a connue à travers les années le mois de Ramadan au sein des sociétés arabo-musulmanes et de la société tunisienne notamment.
La production et la productivité d'une part, les prix d'autres part évoluent en sens inverses.
Le Ramadan est pour nous ce que le mois d'août est pour les français, une parenthèse où le rendement tend vers zéro et où tous les écarts sont permis.
Cependant, nous musulmans, nous ne considérons pas le Ramadan comme un mois de vacances. Bien au contraire, nous évitons en général de faire coïncider notre repos annuel avec le mois saint.
Un autre facteur étant la mobilité du mois saint dans l'année. Les dix prochaines années connaîtrons des mois de Ramadan estivaux qui pourraient être particulièrement durs.
Notre année de vie active peut se résumer ainsi en dix mois pendant lesquels notre rendement n'est pas très enviable, entrecoupés de deux mois où notre rendement est quasiment nul.
En totalisant les mois de Ramadan depuis l'avènement de l'Islam ( plus 1400 ans), on peut constater que plus de 120 années ont ainsi été indûment gaspillées.
120 années, c'est à peu de chose près notre retard sur le monde euro-américain.

Chahia tayba.

lundi, septembre 17, 2007

فتوى مقتدى الصدر بجواز المتعة الجماعية



J'ai reçu hier un mail contenant ce document.
Une rapide consultation des moteurs de recherches m'a permis de tomber sur des confirmations, mais aussi sur des démentis.
Le jeune Moqtada a-t-il émis cette fatwa ? Mes remerciements à celle ou celui qui pourra nous éclairer.

mercredi, septembre 12, 2007

jeudi, septembre 06, 2007

Le Coran déprécie-t-il la femme ?

Texte de MOHAMED TALBI. Publié le 5 décembre 2000.

Sous le titre « L'islam et les femmes », un lecteur signant J.V , qui n'est sûrement pas un novice en la matière, cite, dans un courrier du Figaro, quatre versets coraniques qu'il juge dépréciatifs pour la femme et attestant, dans le texte « fondateur » de l'islam, son statut d'infériorité. Nous allons les reprendre, dans l'ordre, avec une brève élucidation du sens, non pas tellement pour les non-musulmans et les nés musulmans « désislamisés » - ceux-là leur religion est faite, pour eux bien faite, définitivement faite, et je n'ai aucun désir de polémiquer -, mais pour les musulmans, particulièrement ceux qui vivent en Occident, et plus particulièrement encore pour les euro-musulmans.

1) Sourate II, verset 228 : « Vos femmes sont pour vous un champ de labour. Allez à votre champ comme vous voudrez. »

Il s'agit de toute évidence d'une métaphore. Pour en comprendre le sens, il nous faut nous souvenir des tabous sexuels. La sourate II a été révélée - nous disons en vocabulaire coranique et musulman « est descendue » - à Médine, c'est-à-dire dans un milieu où le tiers de la population au moins était constitué de Juifs très conservateurs, fortement attachés à l'éthique sexuelle talmudique qui réglemente d'une manière précise et très restrictive les relations entre époux, et interdit particulièrement tout rapport anal. Il y avait aussi à Médine, en moins grand nombre, des chrétiens pour qui la sexualité confine au péché. En 165, saint Justin écrit : « Nous, chrétiens, si nous nous marions, c'est pour élever des enfants. » Et pour saint Augustin (354-430) l'acte d'amour entre époux reste quand même un péché, il est vrai véniel cependant, tolérable en somme. Dans ces conditions, le célibat est préférable au mariage, et le meilleur des états est celui d'eunuque (Matt. : XIX, 12). On connaît la polémique chrétienne contre l'islam accusé d'être laxiste, et contre le Prophète aux moeurs dissolues. L'éthique chrétienne, très exigeante en matière de sexualité, est du reste sans cesse rappelée par le Saint-Siège aux fidèles. C'est dans ce contexte qu'il faut placer le verset en question.

L'islam, en situation polémique à Médine avec le judaïsme et le christianisme, rejette tous les tabous sexuels. Aux interrogations des musulmans confrontés à ces tabous, le Coran répond : « Vos femmes sont pour vous un champ de labour. » Cette image était fréquente dans de nombreuses traditions religieuses (Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions, Paris, 1949, pp. 224-227) et n'avait rien de péjoratif. Dans un verset précédent, il est fait appel à une autre image : « Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles » en toute participation et toute égalité. Le verset en question, dont de nombreux théologiens musulmans ont voulu restreindre le sens, signifie donc : pas de tabous sexuels, tous les orifices sont bons, labourez vos femmes de caresses et laissez-vous labourer par elles. L'acte sexuel en islam est un acte d'amour sans restriction. Loin de confiner au péché, il peut s'élever au niveau de la prière, même chez les soufis, ce qui est inconcevable pour une mentalité occidentale, et c'est ce que fait ressortir Malek Chebel dans son Encyclopédie de l'amour en islam (Payot, 1995), en mettant en relief « le bien jouir » dans l'éthique sexuelle musulmane.

2) Sourate II, verset 228 : « Les hommes ont une prééminence sur elles. »

Il s'agit d'une mauvaise traduction d'une expression hors texte et légèrement tronquée. J.V. reproduit la traduction de Denise Masson, qualifiée faussement de « traduction reconnue par l'islam » orthodoxe « comme la première interprétation valable en français du texte musulman fondateur. » Il s'agit d'un mythe soigneusement propagé et entretenu par l'auteur. Il n'y a pas de traduction canonique du Coran.

Le Coran a été traduit au moins dans une centaine de langues. En 1989, Hamidullah, auteur d'une traduction française, cite, avec nom d'auteur, titre, date et lieu d'édition : 175 traductions anglaises, 70 françaises et 60 allemandes. Cette abondance est la preuve qu'il n'y a pas de traduction parfaite, canonique ou « orthodoxe » du Coran, et elle est une éloquente illustration de l'adage latin : traduttore, traditore (« traducteur, traître »). Le Coran est le seul texte sacré qui nous soit parvenu dans son intégralité, dans sa langue originelle, par une transmission écrite et orale continue et simultanée. Lorsqu'on voit les divergences entre les traductions, on dit : heureusement ! Dès lors et en définitive seul le texte arabe fait foi.

Voici la traduction de Médine, en remplaçant Allah par Dieu, et en y insérant un mot omis : daraja (« degré »). Nous donnons le verset en entier pour remettre l'expression dans son contexte : « Les femmes divorcées doivent observer un délai d'attente de trois menstrues ; et il ne leur est pas permis de taire ce que Dieu a créé dans leurs ventres, si elles croient en Dieu et au Jour dernier. Et leurs maris seront plus en droit de les reprendre pendant cette période, s'ils veulent la réconciliation. Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant prédominance d'un degré sur elles. » Berque traduit « préséance ».

Selon la Loi mosaïque, un homme qui a répudié sa femme, si celle-ci se remarie, est de nouveau répudiée ou devient veuve, son premier mari ne peut plus la reprendre « après qu'elle aura été rendue impure. C'est une abomination devant le Seigneur » (Dt. : XXIV, 1-4).

On saisit la modification introduite par le Coran dans le milieu médinois, fortement peuplé de juifs avec lesquels le Coran est en constant dialogue. En islam, le mari, dans la période « d'attente de trois menstrues » jouit d'un privilège, ou d'une « préséance d'un degré », s'il désire sincèrement « la réconciliation », et s'il n'est pas mû par une quelconque arrière-pensée, pour reprendre sa femme. De toute évidence, la mesure vise la stabilité du mariage, car si l'islam, comme le judaïsme, autorise le divorce - dont la femme en parfaite égalité avec l'homme peut prendre l'initiative si elle le stipule dans son contrat de mariage - il n'en reste pas moins que, selon un dit du Prophète bien attesté, aux yeux de Dieu, le permis le plus détestable est le divorce. Pas question donc dans le verset en question d'une quelconque infériorité de la femme. Si celle-ci refuse « la réconciliation », elle peut toujours plaider la mauvaise intention du mari. Le droit moderne n'est pas meilleur dans un domaine aussi délicat que le mariage, dans lequel il faut bien aussi prendre en compte l'intérêt des enfants.

3) Sourate II, verset 282 : « Le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme. »

Il ne s'agit pas d'une traduction, mais d'un abrègement appréciatif de l'auteur. Voici la traduction de Médine du verset en question. À propos du contrat de reconnaissance de dette le Coran stipule : « Faites-en témoigner par deux témoins d'entre vos hommes ; et à défaut de deux hommes, un homme et deux femmes d'entre ceux que vous agréez comme témoins, en sorte que si l'une d'elles s'égare, l'autre puisse lui rappeler. » Il n'est pas dit que « le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme ». La femme n'est pas la moitié d'un homme : elle est avec l'homme une même âme en deux. La raison invoquée n'est pas l'infériorité congénitale de la femme par rapport à l'homme, mais le fait que la femme, selon les idées de l'époque et la répartition sociale des tâches, était considérée plus exposée que l'homme - davantage engagé dans les affaires de commerce et de dettes - à l'oubli dans ce domaine particulier. Si l'on tient compte des coutumes de l'époque et du milieu de Médine, où le commerce était dans une large mesure dominé par les juifs, donc par la Loi mosaïque, le verset en question a un caractère révolutionnaire pour la promotion de la femme qui, selon la Loi mosaïque, est complètement disqualifiée en matière de témoignage (Dt. : XXIX, 15 ; confirmée par Jésus, Jn. : VIII, 17 ; et Mt. : XVIII, 16).

En Israël, la disqualification des femmes en matière de témoignage ne fut abolie qu'en 1951. Le Coran, vu les pesanteurs de l'histoire et les conditions de l'époque, n'avait pas pu aller plus loin - ce n'était pas sage de le faire - mais il avait indiqué la bonne direction, et c'est ce qui compte : l'évolution vers l'égalité, dans le témoignage comme en tout. Le Coran en effet n'est pas un texte clos ; il est, selon ses propres termes, hudan (326 occurrences) « guidance », « il guide vers ce qui est le meilleur » (Coran : XVII, 9).

4) Sourate 4 verset 34 : « Les hommes ont autorité sur les femmes [...] et frappez-les. »

J.V. altère la traduction de D. Masson : il remplace « Dieu » par « Allah » ; comme il connaît les nuances de sa langue, on voit l'intention ; et il supprime un mot : « assurer ». De toute façon la traduction est mauvaise. Voici celle que nous proposons : « Il est fait obligation aux hommes de subvenir aux besoins (qawwâmûna) des femmes, en raison des avantages consentis par Dieu aux uns sur les autres, et il leur incombe de ce fait de faire dépenses sur leurs biens. Les femmes de bien font preuve de dévotion, et ne divulguent pas la vie intime qui est sous protection de Dieu. Quant à celles dont vous craignez la rébellion et la répulsion (nushûzahunna), raisonnez-les ; faites lit à part avec elles ; enfin battez-les. Si elles vous obéissent, il ne vous reste plus aucune raison d'être injustes envers elles. Dieu est Haut et Grand ! » Sous-entendu : pensez-y.

Faute de place nous ne pouvons commenter ce verset. Limitons-nous à dire que dans toutes nos sociétés, l'homme est chef de famille. Battre les femmes était une coutume de La Mecque. Elle fut interdite après l'Hégire à Médine, ce qui provoqua de graves troubles sociaux à la veille de la bataille d'Ohod. Le temps n'était pas aux troubles. Le verset ci-dessus vint y mettre fin. Le Prophète commenta : « Le meilleur d'entre vous ne frappe pas sa femme. » Eu égard à ces considérations, un exégète aussi rigoureux que le Tunisien Tahar Ben Achour estime que battre sa femme est un délit qui relève des tribunaux.

lundi, septembre 03, 2007

أطول من الحمار و أقصر من البغل

هذا هو الطول المفترض للُبراق اللذي يُعتقد أنّه نقل الرّسول محمد صلّى الله عليه و سلّم من مكةّ إلى القدس في ليلة الإسراء و المعراج حسب بعض الرِوايات.
بقطع النظر عن صحّة هذا الكلام من عدمها, ما هي قيمة مثل هذه المعلومة و بماذا يمكنها أن تنفع النَاس؟
مثل هذه الإجتهادات و الفتاوي مُتعدِدة إلى حد يصعب معه حصرها.
فمنهم من إعتبر صلاة الرّجل باطلة إذا مرت أمامه و هو يصللي إمرأة أو كلب أو حمار(هكذا). ومنهم من أجاز التيمم بحجر آت من كوكب آخر و منهم من منع ذلك (من قلة الحجر). و منهم من أجاز للمرأة أن ترضع زميلها في العمل حتّى تجوز الخلوة بينهما. و منهم من إعتبر أنّ الجنين يمكن أن ينام بين أحشاء أُمه لفترة من الزمن وأن يولد بعد وفاة زوجها بسنوات. و منهم من أفتى بجواز زواج المتعة و الزواج المؤقت...
مثل هذا الخطاب الدٍيني المتكلٍس لا يمكنه إلاّ أن يلحق الضرر بالإسلام و بالمسلمين. فالعمل به كارثة و عدم العمل به وهو الأصلح يجعل المؤمن يعيش في حالة من الإزدواج بين خطاب يسمعه وواقع يعيشه لا علاقة بينهما.
كما من شأن مثل هذا الخطاب, و هذا الأخطر و الأدهى أن يلقي ببعض الشباب في أحضان الحركات السلفيَة اللتي تتخذ من العنف منهجا.
إن تطوير الخطاب الديني و جعله أكثر إلتصاقا بواقع الناس و بمقتضيات الحياة أمر حتمي حتّى يتمكّن المسلم من التفاعل إيجابيا مع العصرنة دون السقوط في هذه الحالة من السكيزوفرانيا مع ما ينتج عن ذلك من مخاطر

lundi, août 20, 2007

Dans le Coran, homme et femme font la paire.

La femme, Dieu en a fait l'égale de l'homme ; la charia, et non le Coran, l'a avilie et lui a donné un statut que Ghazali (m. 1111), surnommé « l'argument de l'Islam », a résumé en un mot : « servitude ». La réalité fut beaucoup plus nuancée, surtout dans la haute société.

À la femme musulmane, confrontée à l'islamophobie et qui se bat aujourd'hui contre la charia fabriquée par des hommes d'un autre âge pour un autre âge, rappelons ce verset par lequel débute la sourate Les Femmes : « Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d'une seule et même âme (min nafsin wâhida ; de celle-ci Il créa la paire (zawjahâ) ; et des deux Il répandit beaucoup d'hommes et de femmes (IV, 1 ; voir aussi : VII, 189 et XXXIX, 6).»

Pour saisir pleinement le sens de ce verset, et des deux autres qui expriment la même idée, soulignons que le mot zawj, qui signifie littéralement paire, désigne indifféremment l'époux et l'épouse. Dans le Coran, pas de trace d'une Ève tentatrice, créée d'une côte tordue volée à Adam durant son sommeil : homme et femme font la paire, une seule et même âme en deux.

Et la Tradition confirme. On rapporte ce dit du Prophète : « Les femmes sont les paires (shaqâ'iq) des hommes. » Aucune différence, en somme, autre que l'égalité dans la différence. Et peu de chose fait cette différence, daraja, dit le Coran (II, 228), qui n'entame l'égalité que lorsque c'est la nature qui fait la différence. Aujourd'hui, les généticiens constatent que dans les faits, les deux sexes peuvent se trouver mêlés, à des degrés divers, chez les individus, et que, même au niveau chromosomique, la différence des sexes est difficile à définir.

Il suffit de parcourir le Coran pour se convaincre qu'il ne s'adressait pas à des incultes et à des imbéciles. Cependant, dans l'imaginaire général, pas seulement occidental, Arabe est synonyme de bédouin et de nomade, ce qui n'est que partiellement vrai. L'anté-islam est qualifié de Jâhiliyya, un mot auquel on donne le sens de période de grossière ignorance, ce qui est une erreur. En fait, la Jâhiliyya désignait la Gentilité, l'époque païenne qui avait précédé l'islam, et le paganisme peut s'accompagner - à preuve, Athènes et Rome - d'une brillante civilisation. Les Arabes Thamûd du Hidjaz du Nord étaient d'ailleurs en relation avec Rome, puis avec Byzance, et nous ont laissé des milliers d'inscriptions en Arabie centrale et septentrionale. On lit dans L'Encyclopédie de l'Islam, sous la signature de C. E. Bosworth, que les Thamûds avaient notamment « construit un temple pour les deux Augustes, Marc Aurèle (161-180) et Lucius Verus (161-169) ». Les Arabes de l'anté-islam n'étaient pas les sauvages qu'on imagine généralement.

La Mecque, particulièrement, était une riche cité marchande reliant l'océan Indien, par le Yémen, à l'Empire byzantin, par la Syrie. Au sud, l'oasis de Najrâne était un important centre industriel spécialisé dans les tissus de luxe, particulièrement la soie. Au nord, Médine était un important centre agricole où se côtoyaient, à peu près à égalité, Arabes païens et Juifs, avec une petite minorité de chrétiens.

A Médine, écrit Gaudefroy-Demombynes, tout n'était « que chant, corde basse, chanterelle ». On aimait boire, écouter de la musique et chanter. Le Prophète, en arrivant à Médine, fut accueilli par les chants des jeunes filles sorties à sa rencontre. Il faut donc distinguer les citadins, parmi lesquels est descendu le Coran, des nomades qui vivaient sous les tentes, et en perpétuel déplacement au gré des pâturages. Si la vie des nomades était marquée par la rudesse des moeurs, celle des citadins était d'une grande civilité et ne manquait pas de raffinement.

À Médine, les femmes raffolaient particulièrement des étoffes de luxe et du parfum, et le Prophète, toute sa vie le confirme, n'était pas misogyne : il aimait les femmes. J'ai écrit ailleurs, en risquant un anachronisme, qu'il faisait déjà figure de féministe. Un hadith attribué au Prophète, et qui a toutes les chances d'être authentique, lui fait dire : « J'ai aimé trois choses de ce monde : les femmes, les parfums et, mon suprême bonheur, la prière. » En islam, en effet, la sexualité, lorsqu'elle ne déborde pas le cadre de la légitimité, est bonne, et peut même être une forme de prière que certains soufis ne dédaignaient pas.

L'acte d'amour y relève du sacré, ce qui est inaccessible à la mentalité occidentale nourrie de l'horreur chrétienne de la chair, d'où toutes les polémiques médiévales contre l'islam accusé de luxure.

A La Mecque et à Médine, les étoffes de luxe, particulièrement la soie, venaient de Najrâne ; mais aussi de Chine via la Perse. Les cotonnades venaient d'Égypte et portaient le nom de leur origine, coptes (qibtî). Pour la soie, on avait plusieurs noms qui correspondaient à des qualités différentes et qui sont autant d'indicateurs de la diffusion de son usage. La Tradition qui l'interdit aux hommes, mais pas aux femmes, n'a rien de prophétique et fut sans doute forgée par les puritains faqîhs (docteurs de la Loi) des périodes omeyyade et surtout abbasside (VIIIe-Xe siècles), pour lutter, d'ailleurs en vain, contre le luxe devenu tapageur à la cour.

Les femmes, celles de la haute société, bien entendu, qui seules en avaient les moyens, aimaient soigner leurs toilettes. Dès l'anté-islam, les femmes aimaient se faire belles, s'habillaient de soie, portaient des bijoux, bracelets d'or (asâwîr), colliers de perles (lu'lu'), etc. Il y avait des coiffeuses (mâshita, et non hallâqa, terme impropre, utilisé aujourd'hui, qui signifie raseuse), des esthéticiennes appelées muqayyina, certaines spécialisées dans l'épilation (munammissa), surtout des sourcils.

L'usage du pantalon, pour femme, était courant, et il était même encouragé par le Prophète. Les faqîhs postérieurs seront beaucoup plus pudibonds. Ils n'empêchèrent pas cependant, malgré leurs réprobations indignées et répétées, les femmes de se vêtir de vêtements légers (al-thiyâb al-raqîqa), de préférer les tissus coptes les plus transparents (al-ashaffu), qui dessinent (tassifu) le corps et lui collent (taltasiqu bihi), au point de modeler les rondeurs ('ukan), les fesses (a'jâz) et le reste, nous dit Ibn Habîb, dans son Kitâb al-Nisâ' (Le Livre des femmes). Ibn Habîb déconseille, ou condamne (yukrahu), mais ne préconise aucune mesure répressive, et ne dit pas que cela est formellement interdit (yuhramu).

Dans la haute société courtoise, la femme était adulée. Elle était l'icône de tous les désirs et de tous les fantasmes, l'inspiratrice des poètes et le mystère qu'aucune approche ne permet de percer. Elle était poésie et se vêtait littéralement de poésie, poésie tissée dans ses vêtements, incrustée sur ses bijoux, ou écrite sur les fruits qu'on lui offrait, pomme ou cédrat, porteurs de messages et chargés de symboles.

Les fleurs, particulièrement, étaient tout un langage. Il faut lire le Muwashshâ' (Broderies) d'Al-Washsha' (m. 325/936) ; les Aghânî (Le Livre des chansons) d'Al-Isfahânî (m. 356/967) ; le Tawq al-Hamâma (Le Collier de la colombe) de l'Andalou Ibn Hazm (m. 456/1064) ; le Masâri' al-'Ushshâq (La Nécrologie des Amoureux) d'Al-Sarrâj (m. 500/1106) ; le Kitâb al-Zurafâ' (Le Livre des raffinés) d'Ibn al-Jawzî (m. 597/1200), pour mesurer, en tout (vêtement, gastronomie et langage), le raffinement qui imprégnait la vie de la société courtoise, réglée autour de la femme.

Un maître célèbre ès courtoisies, le musicien Ziryab, ouvrit, écrit Lévi-Provençal, au IXe siècle, à Cordoue, « si l'on peut dire, un véritable institut de beauté, où l'on enseignait l'art de se farder, de s'épiler, d'employer des pâtes dentifrices, de se coiffer, non plus en laissant les mèches de cheveux, séparées sur le milieu de la tête, retomber sur tout le front et recouvrir les tempes, mais en les portant courts et arrondis, dégageant les sourcils, la nuque et les oreilles ».

Les femmes de la haute société n'étaient pas seulement raffinées, elles étaient aussi souvent d'une grande culture littéraire, et quelquefois émancipées. Les poétesses étaient nombreuses. On ne peut toutes les citer. On connaît la princesse Wallâda de Cordoue, qui avait inspiré à son amant, le vizir Ibn Zaydoun, ses meilleurs poèmes : « Bonheur ! Corps contre corps enlacés ; bouche contre bouche écrasées. Pur délice ! » Et, quand vint la séparation : « Tu t'es éloignée ; je me suis éloigné. Ni nos coeurs n'ont guéri ; ni nos larmes n'ont séché. » On ne l'avait pas lapidée - la lapidation pour adultère est une peine biblique, inconnue du Coran -, on l'admirait plutôt, elle et ses émules, comme on admire aujourd'hui les stars.

Le sort de la femme musulmane s'est dégradé avec la dégradation de la vie économique, et la décadence générale qui s'en est suivie, c'est-à-dire avec le ratage de la révolution industrielle, des richesses qu'elle a créées et du nouveau statut qu'elle a offert aux femmes. Là est la différence. Mais cela se rattrape, et se répare.

MOHAMED TALBI, 1 août 2000.

vendredi, août 10, 2007

"أُّمة الوسط " "La nation du milieu".


Ce texte est une présentation par le penseur et islamologue tunisien Mohamed Talbi de son livre en arabe
"أُّمة الوسط " "La nation du milieu". Editions CERES.


Un jour ou l'autre, tôt ou tard - et plus tôt que tard - les musulmans seront contraints de substituer une lecture dynamique, finaliste (makâsidiyya), de la Révélation - sous peine de désaffection et de désertion meurtrière encore plus accélérée de leurs élites - à la lecture statique, passéiste, à laquelle ceux que l'on désigne par le terme «intégristes», un terme désormais consacré, continuent à s'accrocher... désespérément. La lecture dynamique, finaliste, du texte révélé, n'est pas déviation, ou trahison. Elle est, pour nous, une plus grande fidélité.

Aujourd'hui l'ijtihâd - que nous traduisons par herméneutique - s'exerce encore, lorsqu'on y a recours, à l'intérieur des cadres figés des écoles qui s'étaient constituées entre les VIII et IXè siècles. Ainsi, nombreux sont parmi nous ceux qui refusent, par excès de fidélité au passé, aux Grands Maîtres, l'évolution, la contemporanéité. Ils sont des contemporains anachroniques, et révoltés, d'une contemporanéité qu'ils dénoncent, et récusent, si nécessaire est, par les armes. Au prix de leurs vies, ils s'y opposent avec toute la force et la violence de leurs convictions. Là git le drame de la violence qui, tout le long de l'histoire, y compris la plus récente, ne s'est jamais exercée sans barbarie. Pourquoi citer des exemples? L'actualité en déborde. Civilisés et moins civilisés, se rejoignent dans l'horreur. Aucun, vraiment, ne peut battre sa coulpe sur le ventre du voisin. Terroristes pour les uns, héros et martyrs pour les autres! Avec, souvent, des réhabilitations à posteriori.
Comment sortir de cette logique morbide de la violence, nourrie, dans le cas de l'Islam, de passéisme? Le tout-répressif, s'il n'est pas totalement vain, il est, au mieux, un provisoire palliatif, dans le cas, hypothétique, où il réussit, où il n'aboutit pas au résultat inverse, à l'installation du totalitarisme. Peu importe sa couleur. Il n'y a pas de remède vrai, étiologique, de la répression et de la violence, sans la réconciliation, fondée en doctrine, des musulmans avec le présent, la contemporanéité, le progrès et l'évolution. Pas d'issue sans l'évolution des mentalités.
La clé de voûte de tout le système est la liberté religieuse, qui n'est pas seulement un droit, parmi d'autres, de l'homme. Elle est le droit fondamental, et inaliénable, de l'homme. Dans une perspective islamique, la nôtre, elle est aussi plus : elle est la vocation même de l'homme, liée à son destin exceptionnel, à sa dignité, et à sa mission. C'est ce que nous avons essayé de souligner en nous appuyant sur le texte fondateur, et aussi sur l'histoire vécue, celle de l'Espagne musulmane en particulier.
A partir de là, tout musulman, en parfait accord avec sa foi et sa conscience, peut s'intégrer librement dans une humanité, une et très variée à la fois, dans une Communauté de communautés, où chacun trouve sa place dans le respect des différences : Dieu a voulu la variété, partout, une variété condition nécessaire de l'évolution. L'évolutionnisme n'est pas contraire à la foi, et au Message coranique. Il a son histoire dans la pensée musulmane.

Le problème de la femme est plus délicat. C'est contre la femme que s'acharnent particulièrement les lectures intégristes et régressives de la Shariâa. Nous proposons une autre lecture. Le devenir de l'Islam dépend grandement, à notre avis, du sort qui sera réservé à la femme en son sein dans les prochaines décennies. Notre lecture du Message coranique, dans un éclairage historique, anthropologique et sociologique, nous permet d'affirmer que l'Islam avait joué en faveur de la femme, dans des conditions souvent difficiles. Il avait joué, malgré les résistances du milieu, en faveur de la libération et de la dignité de la femme, l'égale de homme. Une lecture finaliste (makâsidiyya) des textes nous invite, et nous incite, à poursuivre la marche dans la même orientation. L'Islam a engagé le processus de libération de la femme. Il ne l'a pas mené à son terme.
Aujourd'hui encore il arrive que les femmes soient battues, pas dans les pays d'Islam seulement. Quant à la polygamie, très répandue dans de multiples sociétés et civilisations, l'Islam, tout simplement, ne l'a pas inventée. Sans l'interdire formellement, il l'a disciplinée, montrant ainsi les préférences et l'orientation. Jusqu'au Xè siècle au moins la polygamie était encore répandue dans le Judaïsme qui, lui aussi, ne l'avait pas catégoriquement abolie, comme illicite, tout en lui apportant plusieurs limitations. Elle est encore autorisée, dans certains cas, en Israël.
Quant au Christianisme, citons Jacques Ellul : «Est-il possible d'être polygame et chrétien ? La réponse semble évidente aux Occidentaux. Et pourtant K. Barth écrit : «Nous ne pouvons pas montrer un seul texte du Nouveau Testament dans lequel la polygamie est strictement défendue et la monogamie décrétée et ordonnée universellement» (Dogmatique, XV, 202, 209), et le théologien catholique Schillebeecks : «Il n'y pas un seul texte où on trouve le commandement que le mariage chrétien doit être monogame ou un commandement interdisant la polygamie» (Mariage : Secular reality and saving mystery, I, 284).
En Islam la polygamie n'est pas un dogme. Rien n'empêche d'y renoncer, ou de l'interdire. C'est tout juste une tolérance contre laquelle la femme musulmane, dans les premiers siècles de l'Islam, a su se prémunir en posant ses conditions dans son contrat de mariage, tout comme la femme juive dans sa ketubbah. Il n'est pas interdit de penser à des influences.
Les textes ici réunis, en proposant des lectures conformes aux finalités (makâsid) de la Révélation, ont pour but de convaincre le musulman par la foi et la praxis, qu'il peut vivre pleinement sa foi, sans rupture ni dichotomie, sans schizophrénie tout en assumant pleinement la contemporanéité.
On ne transforme pas les mentalités par la contrainte, et le tout-répressif.
La violcence qui est désespérance, commence d'abord dans les esprits.
C'est donc sur les esprits qu'il faut agir. Seule la conviction intime peut les faire évoluer. De cette évolution dépend l'insertion des musulmans dans la modernité et la contemporanéité, dans un monde à la recherche d'une éthique planétaire. Certains cherchent à donner à cette éthique des «fondements naturels».
Faut-il que les religions, en refusant l'évolution, se laissent marginaliser ?!


lundi, août 06, 2007

Drap cherche emploi.

Après le texte de Fawia Zouari, je vous propose à lire un autre post-scriptum . L'auteur en est Foued Laroui.

Bonne lecture.

Voici une histoire qui vient de défrayer la chronique judiciaire à Amsterdam, ou plus exactement à Diemen, une ville-satellite de la capitale des Pays-Bas. Une dame, d’origine marocaine, vit depuis plusieurs années de l’aide sociale, parce qu’elle n’a pas de travail. L’instance qui lui verse chaque mois son allocation n’exige d’elle qu’une seule chose : qu’elle réponde au moins une fois par semaine à une offre d’emploi. Ce qu’elle fait. On la convoque à un entretien d’embauche ? Elle y va. Mais - et voici le hic - elle s’y présente vêtue selon la dernière mode ­salafie-­talibane : engoncée des pieds à la tête dans un grand drap noir informe, sans même une ouverture pour les yeux - elle voit tant bien que mal à travers le drap -, et les mains engantées de noir. L’employeur potentiel lève les yeux sur le sombre fantôme qui vient de surgir, lui demande s’il y a moyen de vérifier qu’elle est au moins un être vivant et non pas Terminator ou un robot - ce à quoi la chose répond, d’une voix d’outre-tombe, que c’est contre sa religion de dévoiler le moindre millimètre carré d’elle. Fin de l’entretien d’embauche et continuation ad vitam aeternam de l’allocation-chômage. La momie de Ramsès II a plus de chances de trouver un job que notre amie bigote.

Après plusieurs années de ce micmac, le bureau d’aide sociale finit par s’énerver. Et il supprime le chèque de la salafie-talibane : qu’elle aille vendre des pistaches à Kaboul ou des pépites à Kandahar, si elle tient à se vêtir comme les mousmés de ces deux villes. C’était mal connaître la ninja : la voilà qui attaque le bureau d’aide sociale en justice ! Et la justice - qu’on représente traditionnellement avec un bandeau sur les yeux… - lui donne raison : il n’y a rien dans la loi qui dicte ce que les chômeurs doivent porter pendant les entretiens d’embauche. L’administration doit donc trouver un job au jéroboam ambulant.

Pour résoudre le problème, l’administration organise une séance de brainstorming parmi quelques fonctionnaires. Que peut-on faire pour la dame en noir ? Et la solution surgit : ouvreuse dans un cinéma ! Dans l’obscurité des salles, on ne voit que la petite lampe qu’agite l’ouvreuse et qu’importe que celle-ci se réduise à 4 m2 de drap ? La nuit, tous les chats sont gris. Évidemment, il faut éviter de l’employer les soirs où un film d’horreur est au programme : les spectateurs terrifiés pourraient s’imaginer qu’un zombie s’est échappé de l’écran et déambule parmi eux. Gare aux crises cardiaques !

- Ouvreuse, moi ? répond la dame, outrée. Impossible : le cinéma est interdit par ma religion.

Et de citer la fatwa d’un prédicateur saoudien, qui s’appuie sur les écrits d’un pèlerin, qui cite lui-même le fameux Ibn Taymiyya. Je ne suis pas vraiment certain que Ibn Taymiyya, théologien né en 1263 et mort en 1328, ait écrit quoi que ce soit sur le cinéma, mais qui suis-je pour contester une fatwa ? Quant aux fonctionnaires de la ville, ils n’ont jamais entendu parler de ce zigoto, mais puisque la dame brandit l’argument « c’est ma religion », ils ne peuvent que baisser pavillon.

On en est encore là. Vous avez peut-être une suggestion ?

lundi, juillet 30, 2007

À la recherche d’un pays…

Je vous propose à lire cet excellent Post-Stcriptum de Fawzia Zouari paru en date du 22/07/2007.
Bonne lecture.

À la recherche d’un pays…

Marianne a la nationalité française. De parents grecs, elle est née à Djerba, mais n’a pas de passeport tunisien. C’est pour ça que, régulièrement, elle confie, la gorge nouée : « Je crois que je n’ai pas de pays ! » Si, si, répondent ses amis en chœur, tu n’en as que trop, des pays, la Tunisie, la France, la Grèce et l’île de Djerba ! Il n’y a qu’à voir cette façon que tu as de voler au secours de tes compatriotes tunisiens ! Je confirme moi aussi, ayant été témoin oculaire des scènes suivantes.

Marianne déteste le voile. Chaque fois qu’elle voit arriver dans sa classe une élève en fichu, ça la fait rentrer dans une colère monstre : « Mais pourquoi, pourquoi ce recul ? ! » fulmine celle qui ne comprend pas que ses compatriotes naguère les plus libérées du monde arabe se voilent à nouveau. Depuis quelque temps, certaines de ses élèves couvertes ne lui tendent plus la main, comme si serrer la main d’une non-musulmane menait droit en enfer. Et les fois où elle tombe sur une voilée plus amène, celle-ci conclut avec la même formule ambiguë : « Vous ne pouvez pas comprendre. »

Le voile commence à lui faire peur, et le scénario d’une radicalisation de sa douce Tunisie lui dessine le pire des cauchemars. Un jour, peut-être, elle sera prise à partie par une meute de voilées en délire, pour le simple motif d’être une fille de Jésus.

Et voilà Marianne pour quelques jours à Paris, dans un autobus où elle voit trois Françaises d’une soixantaine d’années s’en prendre à une jeune fille voilée : « Quelle horrible religion qui enferme ses femmes sous des tentes ! » lâche l’une, méprisante. « Si elle y tient, à son fichu, qu’elle rentre chez elle ! » renchérit une autre.

Personne ne bouge dans le bus, tout le monde regarde la jeune fille qui tente timidement : « Ici, je suis chez moi. Mon grand-père est tunisien, mais je suis française de troisième génération. Je ne vous ai pas reproché à vous vos décolletés ni vos cheveux teints. »

C’est là où, sans réfléchir, Marianne s’avance vers la jeune voilée, se serre contre elle et lance à l’adresse des trois voyageuses racistes : « Vous n’avez pas honte d’agresser quelqu’un qui ne vous a rien fait ? L’islam ne vous plaît pas ? Qu’est-ce que vous en savez ? Cette jeune fille, au moins, connaît votre langue, vos codes et vos référents. Vous êtes des ignorantes et vous crèverez comme ça ! » avant de pousser devant elle la Beurette vers la sortie.

J’ai demandé à Marianne pourquoi elle a agi de la sorte. Elle a répondu : « C’était plus fort que moi. » Je m’attendais à tout sauf à ce qu’elle défende le voile. Et voilà qu’elle l’a fait, un jour gris, dans un autobus parisien où elle avait l’impression que la meute ce n’était plus les voilées aux relents intégristes, c’était ces Françaises à la laïcité salafiste.

Aux dernières nouvelles, j’ai appris qu’au cours d’une manifestation culturelle à Tunis Marianne s’est fait agresser à son tour par une… Tunisienne de souche qui lui a asséné : « Ici, ce n’est pas ta place. Rentre chez toi, tu n’as rien à voir avec la Tunisie ! »

J’hésite encore. Que dois-je dire à Marianne la prochaine fois que je la verrai : qu’elle a un pays, ou que, malheureusement, elle n’en a aucun ?

jeudi, juin 14, 2007

Omar et les croisés.


Notre ami Tunisiendoctor avait parlé dans une note antérieure de l'épisode de l'entrée de Omar, deuxième Calife de l'Islam à Jérusalem et de sa promesse de non agression faite à tous les habitants de la Ville Sainte, toutes confessions confondues.
Je me permets ici de vous donner à lire un passage extrait du livre d'Amine Maalouf, "Les Croisades vues par les Arabes" où il relate le même épisode le comparant au comportement des croisés lors de leur conquète de la Ville Sainte quatre siècles plus tard.

"Ce jour-là, Omar avait fait son entrée sur son célèbre chameau blanc, tandis que le patriarche grec de la Ville Sainte s'avançait à sa rencontre. Le calife avait commencé par lui assurer que la vie et les biens de tous les habitants seraient respectés, avant de lui demander de lui faire visiter les lieux sacrés du Christianisme. Pendant qu'ils se trouvaient dans l'église de la Qyama, le Saint-Sépulcre, l'heure de la prière étant arrivée, Omar avait demandé à son hôte où il pourrait étendre son tapis pour se prosterner. Le patriarche l'avait invité à rester sur place, mais le calife avait répondu : « Si je le fais, les musulmans voudront demain s'approprier ce lieu en disant : Omar a prié ici. » Et, emportant son tapis, il était allé s'agenouiller à l'extérieur. Il avait vu juste, car c'est à cet endroit même que l'on allait construire la mosquée qui porte son nom.
Les chefs francs n'ont pas, hélas! cette magnanimité. Ils fêtent leur triomphe par une tuerie indescriptible, puis saccagent sauvagement la ville qu'ils prétendent vénérer.
Leurs coreligionnaires eux-mêmes ne sont pas épargnés : l'une des premières mesures prises par les Franj est d'expulser de l'église du Saint-Sépulcre tous les prêtres des rites orientaux — Grecs, Géorgiens, Arméniens, Coptes et Syriens — qui y officiaient ensemble en vertu d'une ancienne tradition que tous les conquérants avaient respectée jusqu'alors. Abasourdis par tant de fanatisme, les dignitaires des communautés chrétiennes orientales décident de résister. Ils refusent de révéler à l'occupant le lieu où ils ont caché la vraie croix sur laquelle le Christ est mort."

PS : Amine Maalouf, grand romancier franco-libanais, prix Goncourt 1993 est chrétien de rite Melkite.

mercredi, juin 13, 2007

Comparez et jugez.

Au moment où nous ne cessons de réclamer à la France la liberté de penser et d'écrire, la Nadhara ou Conseil des inspecteurs de la Grande Mosquée, au nom de je ne sais quel fanatisme étroit et aveugle cherche à nous ramener à plusieurs siècles en arrière, en demandant à la section d'Etat l'interdiction de la brochure La Femme musulmane devant la religion et la société, de M. Tahar Haddad.
Nous ignorons pour ne l'avoir pas encore lue, si cette brochure porte atteinte aux dogmes coraniques dont ces messieurs de la Nadhara prétendent être les farouches défenseurs.Mais qu'ils nous permettent de trouver bien déplacée et bien tardive leur ardeur à défendre une foi que, par ailleurs, ils laissent battre en brèche avec leur complaisance si ce n'est pas avec leur complicité.
Se sont-ils donc émus lorsque circula le livre de Monseigneur Pons qui est un long réquisitoire contre l'Islam, plein d'insultes grossières contre notre Prophète ? Se sont-ils formalisés lors du carnaval eucharistique quand il fut procédé à une ample distribution de brochures vertes éditées en arabe et incitant les Musulmans à abjurer la foi de leurs aïeux pour embrasser le catholicisme ? Ont-ils même été scandalisés par le défilé de croisées et de croisés ? Ont-ils seulement bougé lorsque les suppôts dé Monseigneur Lemaître firent élever devant Carthage un arc de triomphe portant le signe de la croix et cette inscription : "Par ceci tu vaincras !" ? Se sont-ils jamais inquiétés lorsque des religieuses parcourent tous les jours la ville arabe et pénètrent dans les maisons pour distribuer des gâteaux et des objets pieux en invitant les parents à envoyer leurs filles dans les écoles congréganistes ?
Non, pendant ce temps-là, ces messieurs digéraient tranquillement leur meloukia et égrenaient avec béatitude leur chapelet en se curant les orteils. Ils n'ont pas pipé. Si, à cette époque-là, ils avaient fait le quart de ce qu'ils font aujourd'hui contre le livre de Haddad, l'archevêché aurait sûrement été obligé de décommander son carnaval et d'arrêter ses ridicules mascarades.
Des jeunes, des potaches ont été emprisonnés pour avoir manifesté contre l'intention de la Direction de l'Instruction publique d'installer des lits pour les moines congressistes dans la mosquée du Collège Sadiki. Ces messieurs n'ont pas pipé.
Des journalistes arabes ont été convoqués à la Sûreté, menacés de la suspension de leurs journaux et tenus responsables de tout mouvement de population contre le carnaval eucharistique. Ces messieurs n'ont pas pipé.
Il a fallu le livre de Haddad pour les tirer de leur léthargie. Aujourd'hui, ils se dressent comme un seul homme pour défendre l'Islam menacé dans ses bases et regrettent de ne pouvoir décerner contre le pauvre Haddad une bulle d'excommunication majeure et mettre à l'index sa brochure ou plutôt faire de tous les exemplaires un autodafé qui servirait à lui rôtir les pieds pour lui donner un avant-goût des supplices de l'Enfer et lui enlever à jamais l'envie de jeter le doute dans l'âme des fidèles.
Pour les besoins de la cause, on a fait revenir sur la scène Sidi Sadok Ennifar, ancien destourien, puis cadi révoqué. Aujourd'hui, selon un bruit persistant qui circule en ville, il serait sérieusement question de sa réintégration comme cadi. Et, pour préparer l'opinion publique, il entre en scène avec fracas, prêche à la Grande Mosquée contre le livre de Haddad aux lieu et place de Sidi Hamda Chérif ; le nouvel apôtre, plein de foi et de dignité offensées, prononce le plus violent et le plus fougueux des réquisitoires contre l'auteur de "La Femme musulmane devant la religion et la société" qui, toujours modeste et effacé, proteste contre cet honneur.

Mais l'ex-destourien et ex-cadi s'était grossièrement trompé. Il voulait soulever l'auditoire d'admiration. On se serait apitoyé sur le sort d'un homme aussi pieux, révoqué par une mesure injuste. Et son retour au Divan aurait été inaperçu, sinon accueilli avec joie. Le mektoub et le gros bon sens du populo en ont décidé autrement.
Le livre de Haddad a donc failli faire réintégrer dans ses fonctions Sidi Sadok Ennifer. Le coup a raté. Mais rien n'indique que la Nadhara renoncera à sa demande d'interdiction.
Il faut croire, au contraire, que dépité de son échec, en ce qui concerne la réintégration et la réhabilitation d'une brillante unité, elle insistera davantage pour obtenir satisfaction.
Contre cette mentalité inquisitoriale, dont fait preuve la Nadhara, nous ne saurions trop élever nos protestations, au nom de la liberté de pensée que nous avons inscrite en tête de notre programme.
Nous n'ignorons pas que cette attitude ne manquera pas de faire déchaîner sur notre journal une tempête de calomnies.
Mais tant pis. Nous aurons fait courageusement notre devoir de Tunisien, non pas en partisan de M. Tahar Haddad, mais simplement en ami de la Vérité et de la Liberté.


ABDELAZIZ LAROUI. Le Croissant ; n° 10-11 du 24 octobre 1930.

lundi, mai 21, 2007

Lettre à nos amis athées.

Quelque kilogrammes de plastique, de silicone, d’acier, de cuivre et je ne sais quels autres métaux, de la résine. Tous ce tas de déchets se rassemblent spontanément sans l’aide et sans l’intervention de quiconque. Le résultat est un beau boîtier contenant une carte mère, un processeur Duo Core, un disque dur, et tous les autres accessoires ; clavier, écran LCD, souris….
Tout ce tas d’ordures s’est donc rassemblé spontanément constituant un PC avec un flash disc 4 Go et une webcam micro intégré en bonus.
Quelques codes et quelques écritures dont j’ignore le sens et qui se trouvaient là eux aussi par pur hasard se sont rassemblés spontanément sur quelques CD, sans l’aide de qui que se soit. Résultat : Windows Vista sp3, Office 2018 , Norton 2058……
Le tout s’est donc mis en marche merveilleusement bien. M.Dell, B. Gates et tous les autres n’y sont pour rien.

Est ce possible ?

L’ensemble que je viens de décrire est pourtant trop simple comparé à une grenouille ou à un criquet. Il est même beaucoup trop simple si on le compare à une cellule humaine.
Il est infiniment négligeable devant la complexité de cette terre, de cet univers.

Et pourtant, vous pensez que des kilos de protéines, de phospholipides, de calcium … se sont rassemblés spontanément constituant des êtres humains et des animaux. Ou encore que des milliards de tonnes de carbone, d’azote, d’hydrogène, de potassium et autres éléments se sont rassemblés pour former la terres et les autres planètes et que ces planètes se sont mises en places spontanément, qu’elles ont fixé elles mêmes souverainement les modalités de leurs mouvements respectifs.
Vous pensez qu’il n y a en effet aucun architecte (pardonnez le terme, il est utilisé précisément dans ce sens par les francs maçons) derrière tout ça.
Je vous croyais plus raisonnables.